A bas le #SEO !

Le SEO, ou comment aborder scientifiquement une activité créative

Le SEO, nouvelle contrainte formelle ?

En tant que professionnel de la rédaction et de la création de contenus issu d’une formation « classique », j’ai été amené à intégrer une nouvelle contrainte propre à la rédaction pour le web. L’angle, la tonalité, la concision, le rythme, le vocabulaire, la syntaxe sont les totems « traditionnels » du rédacteur chevronné. L’optimisation pour les moteurs de recherche (Search Engine Optimization) est venue chambouler ce schéma déjà assez complexe. Comprendre et maîtriser le fonctionnement des moteurs de recherche faisant également partie intégrante des compétences requises pour exercer la profession de veilleur, il est certain que j’avais un certain avantage sur les rédacteurs pourvus exclusivement d’un bagage littéraire.

J’avais de prime abord une approche assez instinctive du SEO, puisque certaines contraintes recoupent plus ou moins mes habitudes de rédaction : champs sémantiques élargis, répétitions d’éléments clés, annonce du plan, récapitulation finale, multiplication des liens (c’est tout de même l’essence du web et bien pratique pour éviter de devoir réécrire ce qui a déjà fait l’objet d’un traitement qualitatif).
Au fur et à mesure que ma pratique de la rédaction web s’est affinée, et que les contrats se sont succédé, j’ai pu constater que l’instinctif ne suffisait plus et que certains clients avaient établi des grilles chiffrées indiquant les mots et expressions à répéter, le nombre d’occurrences, leur répartition par éléments du texte (titraille, corps du texte…), etc.

L’optimisation pour les moteurs de recherche : mi-inné, mi-acquis

Dans certains cas, les fiches d’optimisation SEO étaient de très bonne qualité et fournissaient une matrice adaptée à la rédaction de contenus compatibles avec les attentes des lecteurs ET des machines.
Mais un client m’a une fois fourni des fiches sensées m’imposer d’utiliser au moins une trentaine de mots et d’expression à cinq reprises minimum dans un texte d’environ 3.000 signes, soit 500 mots. Cela revient à considérer qu’environ 1/4 des mots utilisés dans le texte devaient être des mots clés.

Accumulation de mots clés Vs Agrément de lecture

Accumulation de mots clés Vs Agrément de lecture

Tout rédacteur intellectuellement honnête, et toute personne sachant écrire un tant soit peu français, le sait pertinemment : ce n’est pas possible. Une telle demande s’apparente pour moi aux méthodes des premières heures du référencement, lorsque certaines pages étaient remplies de mots clés en blanc sur blanc pour que seuls les robots des moteurs puissent les lire. Les algorithmes des moteurs ayant évolué, cette pratique n’est à l’heure actuelle, à ma connaissance, plus en vogue, mais les attentes de certains clients m’amènent à considérer qu’il s’agirait de la seule méthode pour leur donner satisfaction.

Confronté à des demandes de ce type, je suis contraint de séparer moi-même le bon grain de l’ivraie pour ramener les contraintes SEO à un niveau compatible avec la rédaction d’un texte lisible.

Bien écrire pour être bien référencé, une utopie ?

C’est donc avec une immense satisfaction, et pas mal d’impatience, que j’ai pris connaissance d’une récente annonce faite par Google à propos de son programme d’intelligence artificielle, baptisé RankBrain, qui devrait un jour être en mesure d’analyser la pertinence d’un texte en adoptant du point de vue du lecteur lambda. Cela amoindrirait à coup sûr le poids des aspects techniques (balises, backlink, etc) et sémantiques (répétitions, redondances, etc) de la création de contenus.

De l'importance du pied comme outil de mesure

De l’importance du pied comme outil de mesure

Je me prends ainsi parfois à rêver d’un temps où la qualité, et donc la visibilité, d’un contenu ne seront évaluées qu’à l’aune de l’information, du style, du rythme, du vocabulaire et de l’humour déployés par l’auteur. Peut-être même, soyons fous, que RankBrain, en mettant en avant les « meilleures » contributions, permettra à l’humanité connectée de renouer avec la littérature dans le sens classique du terme. J’attends avec une impatience teintée d’incrédulité le jour où les métaphores, les citations, les apartés et pieds deviendront (à nouveau ?) des critères pris en compte pour évaluer et hiérarchiser la pertinence et la qualité d’un contenu rédactionnel.

Mais comme je suis tout de même un professionnel soucieux de la visibilité immédiate de son travail, dans le doute, je vais continuer à appliquer les méthodes de rédaction et de SEO habituelles.

Ce texte de 736 mots contient ainsi :

  • un titre court et accrocheur ;
  • 6 fois SEO (dont 1 fois dans le titre et 2 fois en gras) ;
  • 8 fois rédaction (dont 1 fois en gras + 4 fois rédacteur & 2 fois rédactionnel) ;
  • 5 fois optimisation, dont une en gras et <h2> ;
  • 3 fois référencement (+ 1 fois référencé en gras et <h2>) ;
  • deux intertitres balisés <h2></h2> ;
  • 12 liens ;
  • une astuce grossière d’optimisation pour rajouter des occurrences de mots clés.

 

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