Pour une #veille réussie, oubliez la technologie

A force de rencontrer des prospects et clients pour leur présenter les bénéfices qu’ils pourraient tirer de l’adoption d’une démarche de veille, j’ai désormais une vision assez précise de ce qui freine encore le développement de la discipline dans les (très) petites et moyennes structures. L’idée selon laquelle une stratégie performante repose sur l’usage intensif de technologies complexes et coûteuses en fait partie.

Pourtant, ne faire reposer une stratégie de veille que sur des dispositifs technologiquement avancés revient à oublier trois points importants :

  • les informations se trouvent partout autour de soit, et pas uniquement en ligne ;
  • la performance d’une veille se décide avant le déclenchement de la composante technologique ;
  • la valeur ajoutée d’une veille découle des prises de décision éclairées qu’elle permet.

L’auto-citation, la solution aux problèmes de droits d’auteur

Dans le secteur industriel, il ne viendrait à personne l’idée de considérer que c’est l’ouvrier ou le robot qui assemble une pièce ou une machine qui est la principale source de valeur ajoutée. Bien souvent, l’essentiel de la valeur d’un produit ou d’un service émane des ingénieurs qui l’ont conçu ou du service qui a identifié le besoin auquel il répondra.
Il en va de même pour la veille stratégique : les étapes primordiales concernent l’identification des besoins de l’entreprise, la formulation de la stratégie à soutenir, le choix des axes de surveillance puis l’analyse des résultats obtenus, la construction d’hypothèses de conséquences et d’actions à mettre en œuvre et la prise de décisions éclairées.

Dans l’esprit des entrepreneurs que je rencontre, la prépondérance de la composante technologique de la veille s’accompagne toujours d’autres réticences relatives au coût de la démarche, au manque de temps, de compétences en interne, etc.
Ainsi, les ressources technologiques à déployer semblent régulièrement servir de fondations au sentiment du « ce n’est pas pour moi » qui anime de nombreux professionnels lorsque le sujet de la veille dans leur entreprise se présente.

La veille n’est pas une technologie, mais une posture

Le pas le plus important à franchir pour commencer à exploiter les informations comme matières premières de l’innovation et de la performance n’est ni technologique ni coûteux, mais il n’en est pas moins difficile. Il s’agit en effet d’accepter de libérer l’information à l’intérieur d’une entreprise : formuler et diffuser les orientations stratégiques, les enjeux, les contraintes, les opportunités, les projets. Il n’est bien sûr pas question de faire circuler sans contrôle des informations sensibles et dont la divulgation à des concurrents pourraient porter préjudice à l’entreprise. Il est question de communiquer à ses collaborateurs les éléments indispensables à la compréhension globale de la marche des affaires. Ce n’est en effet qu’à cette condition qu’une veille low tech peut être déployée efficacement dans une entreprise. La puissance d’outils complexes et coûteux peut alors être remplacée par l’intelligence collective de spécialistes ayant chacun une vision particulière de leurs métiers et des progrès qui peuvent être obtenus.

La veille frugale n’est pas une veille au rabais

Alors que partout des inquiétudes, justifiées, émergent quant aux utilisations pouvant être faites des données émises par les personnes et les organisations, alors que la main-mise des grands groupes sur des pans entiers de l’économie amène chacun à s’interroger sur les méthodes à privilégier pour conserver le droit à l’initiative et à l’indépendance, c’est vers la frugalité qu’il faut se tourner pour conjuguer performance et autonomie. Au même titre que l’innovation frugale permet d’adresser simplement et efficacement diverses problématiques, la veille frugale permet de construire des systèmes d’accès à l’information efficaces, maîtrisés et peu coûteux.

La veille frugale : l’efficacité sans les coûts

Comme pour l’innovation du même nom, la veille frugale repose sur la primauté des acteurs sur les outils qu’ils exploitent. Adopter une telle méthode, c’est accepter que la composante technologique ne répond au final qu’aux impératifs d’automatisation de tâches pouvant par ailleurs être efficacement réalisés par des êtres humains : recherche d’informations, qualification de sources, rédaction de synthèses…

C’est parce que les bonnes pratiques inhérentes à une veille frugale sont par définition difficiles à formater et à packager qu’il est plus facile de présenter et commercialiser un outil « tout en un » sensé répondre à toutes les attentes sans nécessiter l’engagement de tous les collaborateurs. Mais c’est parce que je pense que l’économie de la connaissance nous impose de miser sur l’intelligence de chacun plutôt que sur l’automatisation d’un maximum de tâches que j’animerai le 14 juin à Lyon un atelier intitulé Accéder à l’information utile. J’y présenterai mon approche ainsi que des propositions pour entamer la définition et la structuration d’un dispositif de veille frugale potentiellement bénéfique à l’entreprise et à tous ses collaborateurs.

 

L’intelligence économique, c’est d’abord du bon sens

L’intelligence économique est un ensemble de méthodes et d’outils devant permettre aux entreprises et aux organisations (collectivités, associations…) de gagner en efficacité et en compétitivité.
Ce concept reste toutefois assez méconnu des petites et moyennes structures françaises. La raison en est, selon moi, une mauvaise pédagogie plutôt qu’un réel désintérêt.

Wikipedia définit ainsi l’intelligence économique :

« L’intelligence économique est l’ensemble des activités coordonnées de collecte, traitement et diffusion de l’information utile aux acteurs économiques, en vue de son exploitation. On peut y ajouter les actions d’influence et de notoriété ainsi que celles liées à la protection de l’information. Elle se distingue de l’espionnage économique et/ou industriel car elle se développe ouvertement et utilise uniquement des sources ouvertes et des moyens légaux. La plupart des professionnels du secteur la conçoivent dans un esprit d’éthique et de déontologie. Ils s’engagent en effet à respecter une charte dans ce domaine. Elle peut être complétée par d’autres « intelligences », comme l’intelligence sociale qui organise la mutualisation de l’information dans un but de performance collective des différents acteurs économiques. »

Pour en simplifier l’approche, il convient dans un premier temps de définir ce qu’est une « information utile ».

Collecte, traitement et diffusion d’informations utiles

Pour une PME, une information utile, c’est par exemple l’installation d’un concurrent ou d’un partenaire potentiel. Il peut également s’agir de l’émergence de nouveaux marchés. Ou encore d’évolutions réglementaires, fiscales ou technologiques.
Il s’agit donc globalement de permettre :

– aux salariés d’accéder plus rapidement aux données nécessaires à leurs  activités ;
– aux dirigeants d’anticiper les évolutions plutôt que de les subir.

L'IE, clè du succèsLes professionnels mettent en avant trois étapes pour concevoir une démarche d’intelligence économique : la veille, la protection des données et l’influence. Avec les nouveaux moyens de communication, ces termes ont pris des sens multiples et qui peuvent paraître complexes. Pour mieux les expliquer, il est intéressant de les transposer dans un contexte excluant les technologies numériques.

De nouveaux outils, une démarche inchangée

Il y a quelques années, la veille à fin d’intelligence économique, c’était lire la presse économique et professionnelle régulièrement, participer aux réunions de syndicats et fédérations et échanger, souvent de façon informelle, avec les concurrents, partenaires et clients. La protection des données, c’était fermer les armoires à clé et ne pas fournir d’informations stratégiques à ses interlocuteurs. L’influence, c’était argumenter pour défendre ses positions et stratégies et faire connaître son entreprise et / ou sa marque en la parant d’atours valorisants (qualité, innovation, sérieux…).

Ces comportements, évidents, logiques et toujours pertinents, ne sont pas remis en cause par l’utilisation des nouvelles technologies. Ils trouvent juste de nouvelles applications et réclament essentiellement la transposition dans l’espace « virtuel » (Internet, réseaux…) du bon sens nécessaire aux entreprises dans le monde « réel ».

Il s’agit donc au final pour les organisations d’être attentives, curieuses, prudentes et assertives, ce qu’aucun dirigeant sensé ne peut considérer comme une perte de temps et d’argent.

%d blogueurs aiment cette page :