De l’intelligence des foules à la veille collaborative

Cet article en anglais, dont le titre pourrait être traduit par « Alors tu te crois plus malin qu’un agent de la CIA ? », explique comment la célèbre organisation étasunienne de renseignement a monté un panel d’analystes amateurs dont les prédictions se révèlent en moyenne plus pertinentes que celles d’agents sur-qualifiés bénéficiant d’accès privilégiés à toutes les infos confidentielles imaginables.

So You Think You're Smarter Than A CIA AgentDans le corps de l’article, l’auteur explique à grands traits ce qu’est l’intelligence des foules, mise en évidence au début du 20ème siècle. Lorsque l’on pose à un groupement d’êtres humains pris au hasard une question à laquelle la réponse est une donnée chiffrée, certains donneront des réponses justes, et d’autres des réponses fausses, qu’elles soient surévaluées ou sous-évaluées. Les scientifiques qui se sont penchés sur la question auraient découverts que la moyenne des réponses était systématiquement très proche de la réalité, les majorations compensant les minorations de façon surprenante.

Il s’avère ainsi que les « prédictions » réalisées par les 3.000 américains « moyens » recrutés pour ce programme sont plus justes que celles proposées par les experts de la CIA.
Interrogée sur les méthodes qu’elle utilise pour se renseigner sur les questions qui lui sont soumises via des formulaires en ligne, une participante, pharmacienne de 60 ans sans connaissances particulières dans les domaines de la géopolitique ou de l’espionnage, explique qu’elle utilise… Google.

Outre le fait que cet article traite de renseignement (intelligence en anglais), cette publication a attiré mon attention, car elle me semble illustrer parfaitement l’un des points que je mets régulièrement en avant auprès de mes clients et prospects : l’importance pour initier une démarche d’intelligence économique d’y associer un maximum de collaborateurs de l’entreprise.
En collectant l’ensemble des réactions et commentaires que suscitent diverses informations, il apparaît logique qu’on optimise les chances de faire émerger l’opinion et / ou l’idée qui pourra effectivement donner un avantage décisif à l’entreprise. Contrairement à l’article cité plus haut, l’analyse des résultats d’une veille stratégique ne consiste pas à donner des réponses chiffrées (même si on peut facilement imaginer des dispositifs permettant de procéder ainsi…), mais j’estime tout de même que cette initiative de la part d’un organisme aussi exposé valide le principe d’intelligence collective et donc la pertinence d’une veille participative.

Que le journaliste ait pu rencontrer une participante de ce programme sans protection ou précautions particulières met également en lumière un fait important concernant la sécurité : les données collectées ainsi sont très difficiles à pirater, puisqu’il faudrait obtenir l’intégralité des notes attribuées par tous les participants pour en faire la moyenne, une seule contribution manquante modifie en effet la moyenne de l’ensemble.
Cela s’applique également au monde de l’entreprise : une information est d’autant plus difficile à voler qu’elle est produite par rapprochement de propos émanant de plusieurs points de vue, puisqu’alors la valeur ajoutée correspond à l’agglomérat de pensées personnelles, et non d’un rapport unique qu’il suffirait de se procurer pour en savoir autant sur une stratégie que le dirigeant de l’entreprise « espionnée ».

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