#Rédaction Web : une approche décomplexée

Cyrille Franck, fondateur du site www.mediaculture.fr, a commis pour www.frenchweb.fr un article intitulé Les impostures de «l’écriture web», dans lequel il revient sur les poncifs du genre avec un esprit critique et pragmatique aussi réjouissant qu’instructif.
En reprenant une par une les « figures imposées » de l’écriture web, il propose une approche enfin rationnelle, qualitative et décomplexée de la production de contenus rédactionnels. Je me propose aujourd’hui de reprendre chacune de ses parties pour les commenter / compléter d’un point de vue opérationnel.

Écrire court ?

J'ai écrit court

J’ai écrit court

L’auteur s’élève d’abord contre l’impératif de concision fait aux rédacteurs qui souhaitent écrire pour le web. Je n’avais pour ma part jamais rapproché cette règle communément admise de la supposée frivolité des contenus web et de leurs rédacteurs. Les connotations ne devant cependant jamais être négligées, je prends note de cet intéressant parallèle et le garde dans un coin de ma mémoire.
Cyrille Franck propose donc de remplacer la notion de concision par celle de densité d’information. J’y souscrit totalement.

Pour le blogueur ou le rédacteur qui souhaite évaluer la qualité de son travail, comment mesurer la densité d’un texte ?

Puisque la densité d’un texte est liée à la quantité d’information rapportée au volume du texte, une bonne approche pourrait être de vérifier que chaque phrase apporte une information. Et comme nous sommes sur le Net, que certains lecteurs vous liront sur un petit écran et chahutés dans les transports en commun, il semble approprié de s’astreindre à ne fournir qu’une seule information par phrase.

Une phrase : une idée

Ainsi, l’écriture courte peut être réhabilitée pour la rédaction web, lorsque ce critère s’applique aux phrases, et non aux textes. S’astreindre à ne fournir au minimum ET au maximum qu’une information par phrase est un bon moyen de densifier son propos, de s’adresser à l’intelligence des lecteurs tout en leur facilitant la tâche.
Dans mes formations, je demande aux stagiaires, notamment à ceux qui auraient naturellement tendance à rallonger leurs phrases, de tenter après une première phase de rédaction de remplacer toutes les virgules par des points. Cela évite la multiplication des propositions juxtaposées / coordonnées, permet de supprimer des formules verbales alambiquées et préserve d’erreurs de syntaxes et de grammaire (la concordance des temps ou l’accord avec un sujet trois lignes plus haut).

Multimédia ou pas ?

Si la possibilité d’enrichir une publication de contenus non rédactionnels (images, vidéos, sons) est consubstantielle au média internet, je partage le point de vue de l’auteur concernant le frein que peut constituer l’obligation de brancher un casque ou des enceintes pour profiter d’une vidéo ou d’un enregistrement sonore. Par obligation ou paresse, une proportion non négligeable du lectorat n’accédera pas aux contenus audiovisuels. Il semble donc logique de concentrer l’intelligence du propos dans le texte. Dès lors, quelle peut-être l’utilité des contenus multimédias ?

Dans ma pratique, l’insertion de contenus non rédactionnels a deux objectifs  :

  • aérer le texte, proposer des temps de pause qui rendront l’abord du texte moins austère : ce n’est pas parce qu’on fait dans le sérieux et le dense qu’il faut faire dans le repoussant ;
  • créer des effets de décalage entre le texte et les illustrations : détournements humoristiques, jeu sur la polysémie de certains termes, connotations, etc.
Une image efficace pour aérer un texte

Une image efficace pour aérer un texte

C’est pourquoi je me contente en général d’insérer des images, qui aèrent le texte, l’enrichissent ou le complètent, mais qui ne sont pas indispensables à la compréhension du sujet. Dans l’idéal, les illustrations que je trouve répondent aux deux objectifs, mais je ne m’interdit pas d’en insérer certaines qui ne répondent qu’à un seul. Se contenter de « simples » images présente également l’avantage de ne pas trop alourdir la page et ainsi d’avoir un impact limité sur le temps de chargement et la fluidité du défilement.

Si dans mon domaine, le caractère essentiellement conceptuel des sujets que je traite rend les illustrations assez difficiles à trouver sans pour autant permettre de les réaliser moi-même, de nombreux professionnels ont des produits qu’ils peuvent présenter, promouvoir et mettre en scène. Dans ce cas, l’idéal est évidemment de produire soit-même ses illustrations : minimalistes si ni le talent ni le matériel ne sont disponibles, plus travaillées si les moyens sont à portée de main.

Écrire pour les moteurs ?

Certains moteurs inspirent plus que d'autres

Certains moteurs inspirent plus que d’autres

C’est une évidence : l’immense majorité de vos lecteurs potentiels ne vous connaît pas, et c’est donc via un moteur de recherche qu’ils ont des chances d’aboutir chez vous et d’être époustouflés et séduits par la qualité et la justesse de vos propos. Il convient donc de tenir compte du fonctionnement d’un moteur de recherche et de soigner les différents critères qu’ils prennent en compte : méta-données, balises, champs sémantiques, occurrences et synonymes, etc.

En dehors des aspects les plus techniques, pour lesquels une formation ou l’accompagnement d’un professionnel faciliteront et accéléreront l’optimisation de votre visibilité en ligne, ce qui concerne l’écriture proprement dite est potentiellement déjà adressé par l’approche dense évoquée plus haut. Avec des phrases plus « ramassées », le texte contient moins de pronoms et donc plus de mots signifiants, y compris pour les moteurs. L’évolution récente et prévisible des algorithmes devrait finir d’avantager les « littéraires » par rapport aux « techniciens ».

Insérer des liens ?

C’est sans doute la partie de l’argumentaire de l’auteur que je partage le moins. L’inclusion de liens dans un texte permet de s’affranchir d’explications longues et complexes en évitant de devoir réécrire ce qui a été parfaitement exposé par ailleurs. Cela permet par exemple de commenter la thèse d’un personne sans avoir à en reproduire des passages complets. C’est également un aspect important, d’après moi, du référencement naturel, puisque chaque lien est une porte par laquelle les robots des moteurs de recherche peuvent aboutir à votre texte pour en scanner le contenu. Toujours est-il que la question soulevée est pertinente : la multiplication des liens est il un risque pour la concentration du lecteur et notre capacité à conserver son attention jusqu’à la fin du texte ?

Pour ma part, j’estime qu’en tout état de cause, une minorité des lecteurs lit l’intégralité du contenu et qu’il faut à la fois faire confiance à ses capacités personnelles et à celles de l’audience cible. Ma seule réponse concrète à cette problématique concerne le paramétrage des liens que j’inclue : ils sont toujours configurés pour s’ouvrir dans un nouvel onglet, afin d’éviter qu’une référence ne vienne remplacer sur l’écran mon propre texte.

Privilégier la frivolité ?

Voici sans doute l’aspect le plus compliqué de l’exposé de Cyrille Franck. Compliqué car il l’aborde, assez logiquement, du point de vue du journaliste. Je me contenterai donc de répéter qu’un professionnel qui souhaite utiliser les médias sociaux pour assurer la promotion de son activité devrait adopter la posture d’un journaliste au service de sa propre ligne éditoriale : faire voir, comprendre, apprécier et susciter l’envie pour son offre.

Miser sur l'intelligence de ses cibles

Miser sur l’intelligence de ses cibles

Dès lors, il n’y a pas de sujets sérieux ou légers, il y a des façons plus ou moins attrayantes de choisir un angle et un ton pour traiter un sujet qui s’impose de lui-même. Je le sais d’expérience, traiter des sujets « complexes », surtout s’ils sont en plus immatériels, est ardu. La différence entre un sujet sérieux attrayant et un sujet sérieux barbant, c’est la capacité du rédacteur à jouer avec les rythmes, les mots, les illustrations pour mettre la forme au service du fond.

Parier sur son talent et sur l’intelligence du lectorat est effectivement risqué, mais pas plus que de définir des cibles et un discours dans une stratégie marketing. Vous ne cherchez pas à vendre des produits ou des services au monde entier, juste à ceux qui sont effectivement susceptibles d’en comprendre l’utilité et la pertinence.

Il devrait en aller de même pour les contenus destinés à informer vos cibles. Et quelles que soient les capacités de concentration, la culture générale, la compréhension de la langue de vos cibles, si vous les avez bien choisies et comprises, votre contenu les intéressera, puisqu’il les concerne et parle d’eux, de leurs attentes, de leurs problèmes et des solutions que vous leur proposez.

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À propos Christophe Doré
Consultant et formateur en veille stratégique et communication écrite, j'accompagne les entreprises, associations et collectivités dans la résolution de leurs problématiques d'émission et de réception d'informations : rédaction, recherche, analyse, diffusion de données utiles à leur fonctionnement.

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