Les réseaux sociaux, omni-médias générateurs de littératie

Capture d'écran du blog Digimind

Capture d’écran du blog Digimind

L’éditeur rhônalpin de solutions de veille Digimind se fait l’écho d’une étude réalisée Aura Mundi et l’Argus de la Presse et visible sur le site de France TV. Ma première réaction à la synthèse proposée par Digimind, intitulée Les réseaux sociaux, un phénomène de société fait pour perdurer, a été l’étonnement, car qualifier de « tendance » l’utilisation grandissante des réseaux sociaux, c’est, une fois encore, confondre une activité, pouvant être qualifiée de tendance, et un moyen, certes récent, d’exercer cette activité. Que font les socionautes sur les réseaux ? Ils recherchent et émettent des informations. Et tant pis si le terme peut sembler inapproprié pour une bonne partie des publications, il s’agit bien d’informations, pour l’œil qui saura les comprendre et en tirer profit.

Estimer que la recherche et l’émission d’informations constituent une nouvelle tendance me semble assez surréaliste, mais peut-être suis-je trop sourcilleux.

Quoi qu’il en soit, les Français plébiscitent les réseaux sociaux, au premier rang desquels ils classent, sans surprise, Facebook.
Mon second étonnement à la lecture des résultats de l’enquête porte sur les attentes des utilisateurs et les applications envisagées. Les résultats dressent le portrait d’utilisateurs récepteurs d’informations ou quémandeurs d’avantages, adoptant donc des postures relativement passives par rapport à ces médias, qui sont justement les premiers à placer émetteurs et récepteurs sur un pied d’égalité. Je connais trop bien l’impact de la formulation d’un questionnaire sur les réponses pour en faire porter le responsabilité exclusive sur les répondants, tant il semble évident que l’approche des créateurs de l’étude s’est concentrée sur les socionautes / consommateurs plutôt que sur les socionautes / citoyens – entrepreneurs – collaborateurs – veilleurs.

Car entre l’utilisation suggérée par cette étude et celle, exclusivement marketing, régulièrement mise en avant dans des études similaires réalisées auprès d’entreprises, il existe une myriade d’applications des réseaux sociaux, au service de la vie personnelle et professionnelle des individus et susceptibles de faciliter l’accès rapide à des informations valorisables ou distrayantes. Pour en prendre conscience, et en tirer profit, il convient de transformer ses envies, ambitions et centres d’intérêt en besoins d’informations. Cette posture intellectuelle s’appuie sur une capacité, dont je viens de découvrir le nom : la littératie.

Littératie 2.0

Je viens de découvrir l’existence du terme, mais pas l’importance de cette compétence, définie par l’OCDE comme « l’aptitude à comprendre et à utiliser l’information écrite dans la vie courante, à la maison, au travail et dans la collectivité en vue d’atteindre des buts personnels et d’étendre ses connaissances et ses capacités. »

Digital Illiteracy - CC Ron Mader

Digital Illiteracy – CC Ron Mader

Apparu dans les années 1970 et formalisé en 1989, le concept prend une tout autre importance avec le développement d’Internet et des réseaux sociaux. La compétence nécessitait en effet auparavant de pouvoir être physiquement en présence de sources d’informations valables, alors qu’il « suffit » aujourd’hui de disposer d’une connexion Internet pour être susceptible d’accéder à des informations utiles.
La littératie, dans le contexte d’Internet et des réseaux sociaux, c’est la réponse à la question que j’invite tout mes stagiaires à se poser en permanence avant de lancer une requête : « qu’est ce que je cherche ? »
De la capacité à répondre précisément à cette question, à formuler simplement une hypothèse de contenu pour vérifier son existence en ligne puis à lire, comprendre et analyser les contenus proposés par le moteur de recherche dépendent les capacités effectives à tirer profit des nouveaux médias.
Le partage d’informations, le commentaire, la republication sont des usages courants sur les réseaux sociaux, mais leur utilité dans un environnement autre que ludique n’est pas toujours clairement compris. Comprendre les impacts potentiels d’une information, c’est pourtant également être en mesure d’imaginer les personnes et entités qui sont susceptibles d’être impactées positivement ou négativement. Être en mesure de fournir ainsi la bonne information au bon moment est une compétence au cœur du fonctionnement des réseaux sociaux. Si tout le monde s’accorde pour le faire pour un anniversaire, pourquoi en serait il autrement pour un nouveau produit, de nouvelles CGV ou une modification de grille tarifaire ?

Les réseaux sociaux, médias omniscients et omnignares*

Omniscient ou Omnignare ?

Omniscient ou Omnignare ?

Consultant et formateur en Communication écrite et Veille stratégique, deux disciplines dont l’acquisition découle directement des aptitudes en littératie des stagiaires, je cherche depuis longtemps le moyen d’enseigner cette compétence. Au delà du pré-requis évident, savoir lire et écrire, il est très difficile de transmettre ce qui relève à la fois de la curiosité, de l’esprit de synthèse et d’analyse et de la volonté de partage d’informations.
Avec les collégiens et lycéens de Fréquence Ecoles ou avec les créateurs et dirigeants d’entreprises dans le cadre de mes autres activités professionnelles, c’est par le biais d’exemples divers et nombreux que je met en scène les comportements et aptitudes découlant de cette compétence.

Pour un professionnel de l’information comme moi, les réseaux sociaux et le web social en général constituent une encyclopedia universalis dynamique, (é)mouvante et gratuite qui rassemble une masse d’informations inimaginable. Les réduire à des moyens de « liker » une marque de chaussure, d’obtenir des goodies ou comme un succédané de SAV, c’est passer à côté d’un potentiel d’intelligence collective comme l’Humanité n’en a jamais connu. Comprendre ce qu’est une information et envisager les avantages qu’il est possible d’en tirer, c’est ce qui fait la différence entre utiliser les réseaux sociaux et être utilisé par les réseaux sociaux.

La limite, et la beauté, de la chose réside évidemment dans le fait que les réseaux sociaux seront intelligents dans la mesure où leurs utilisateurs le seront aussi.

* omnignare : néologisme personnel forgé par le rapprochement du préfixe omni (tout) et d’ignare : toute la bêtise.
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À propos Christophe Doré
Consultant et formateur en veille stratégique et communication écrite, j'accompagne les entreprises, associations et collectivités dans la résolution de leurs problématiques d'émission et de réception d'informations : rédaction, recherche, analyse, diffusion de données utiles à leur fonctionnement.

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