Valoriser les usages de la veille, pas les outils

Je me réjouis de constater chez les professionnels de la documentation, de l’information et de l’accompagnement des entreprises la multiplication des points de vue convergents concernant le développement de la veille stratégique et de l’intelligence économique pour les petites et moyennes structures.
Si jusque récemment, l’accent été mis sur les outils de la veille, les approches consistant à privilégier les usages de la veille sont de plus en plus développées et visibles.
C’est d’après moi une très bonne chose.

Les outils de la veille évoluent très rapidement

J’ai débuté la veille il y a maintenant plus de 15 ans. Pour le compte de grands groupes (Total, Publicis, Axa, Coca-Cola…) et d’administrations prestigieuses (SIG, ministères…), ma mission était d’éplucher nuitamment la presse nationale et internationale à la recherche des mots-clés (à la citation !) et thématiques indiqués par les clients. Les coupures de presse (ciseaux et bâtons de colle) étaient  alors photocopiées en autant d’exemplaires que nécessaire, puis triées par client, classées, hiérarchisées pour confectionner une revue de presse personnalisée. Celle-ci était reproduite à autant d’exemplaires que demandé et finalement envoyée par coursier pour trôner sur les bureaux des destinataires dès 8h du matin.

outil de la veille

Ayant occupé diverses responsabilités chez ce prestataire de services, j’ai également eu l’opportunité de participer avec les commanditaires à la définition de certains axes de surveillance, des sources à ajouter / retrancher, etc.

Depuis, les technologies n’ont cessé d’évoluer, et je ne sais pas s’il existe encore à l’heure actuelle quelque chose comme une « revue de presse papier ». Lorsque j’ai quitté cet employeur, les ciseaux et la colle avaient été abandonnés au profit d’une découpe numérique (mais pas automatisée) des articles. Le logiciel de reconnaissance de caractères (pour ne plus manquer aucune citation, à part celles dans l’arrondi de la page…) était encore en phase de test.
Les outils, gratuits, permettant aujourd’hui de ne rater aucune occurrence d’un mot dans un document / une page / un site sont désormais connus par l’immense majorité des utilisateurs d’ordinateurs / tablettes / smartphones.

analyser l'information obtenueAinsi, comme l’explique judicieusement Camille Alloing dans cet article, la valeur ajoutée du veilleur réside, aujourd’hui comme hier, dans la définition des stratégies de veille, pas dans le maniement des outils qui permettent de collecter et archiver les informations (et c’est heureux pour nous).
Pour une entreprise, l’intérêt de nos interventions découle de notre capacité à proposer des méthodes d’analyses transversales et contextualisées de leurs besoins et / ou des résultats de la veille.

Accompagner l’adoption des méthodes et des usages

C’est bien parce que je suis convaincu de cela, et parce qu’il me semble incohérent de promouvoir l’externalisation d’une activité qualifiée de stratégique, que l’avenir des spécialistes de la veille et de l’intelligence économique me semble être, au moins en ce qui concerne le public des TPE / PME, dans la formation et le conseil, plus que dans la prestation de services.

Le type d’offre à mettre en avant concerne alors :
– l’accompagnement à la définition des besoins,
– l’approfondissement, lorsque c’est nécessaire, des techniques de base permettant de tirer profit des outils gratuits (moteurs de recherche, agrégateur, réseaux sociaux…) ;
– la mise en place d’un système dématérialisé de centralisation des informations et contributions ;
– la création d’une nomenclature pour l’identification et la recherche des documents archivés ;
– la définition de règles simples permettant d’unifier les usages de création, commentaire, diffusion et archivage de la documentation
– la présentation,  le paramétrage et la formation aux outils utiles mais inconnus du client ;
– la création et la mise en œuvre de procédures personnalisées permettant la conduite de la veille et la valorisation des résultats.

Proposer de la maintenance de veille stratégique

A l’issue d’un premier cycle d’ interventions, les dirigeants et / ou leurs collaborateurs doivent être en mesure d’utiliser les outils mis à leur disposition de façon autonome et avoir pris l’habitude de diffuser, commenter, croiser et synthétiser les informations obtenues avec un formalisme suffisant pour que chacun puisse ensuite s’approprier les « découvertes » réalisées conjointement.

Le consultant / formateur peut ensuite régulièrement « relever les compteurs » pour :
– mesurer le niveau d’appropriation et de diffusion des usages et outils présentés ;
– en proposer de nouveaux lorsque la première brique technologique a atteint ses limites ;
– prendre connaissance des nouveaux axes de surveillance identifiés grâce à la sérendipité ;
– proposer de nouvelles sources.

Cette approche visant l’autonomie des collaborateurs a de multiples vertus :
– elle les motive, les responsabilise et les intègre aux processus de réflexion et de prise de décision ;
– elle garantie la pérennité des bons usages, puisque les outils évoluent, apparaissent, disparaissent, alors que les finalités et les cheminements intellectuels perdurent ;
– elle limite les investissements sans garantie absolue de ROI ;
– il existe de nombreux moyens de faire (co)financer des actions de formation, ce qui réduit d’autant les ressources à mobiliser pour les plus petites structures.

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À propos Christophe Doré
Consultant et formateur en veille stratégique et communication écrite, j'accompagne les entreprises, associations et collectivités dans la résolution de leurs problématiques d'émission et de réception d'informations : rédaction, recherche, analyse, diffusion de données utiles à leur fonctionnement.

10 Responses to Valoriser les usages de la veille, pas les outils

  1. Ping: Valoriser les usages de la #veille, pas les out...

  2. Ping: Valoriser les usages de la veille, pas les outi...

  3. Bonjour Christophe,

    et merci pour l’illustration de cette trajectoire de la veille documentaire à la veille stratégique. La position du consultant est bien vue. Il y a besoin de clarifier, de hiérarchiser les axes et focus de veille, et aucun outil ne peut le faire en place du Dirigeant et son équipe. Les articuler par rapport à la vision du développement. Le regard extérieur, celui qui « se mêle des affaires des autres », qui questionne, qui remet en cause le « On fait comme d’habitude » est le premier bénéfice de ce type d’intervention. Avant même la moindre alerte de veille d’un outil l’écoute des informations terrain devient toute autre.

    C’est vrai il y a toujours une appétence pour les outils, et il faut mesurer les réponses apportées. Le niveau de maturité du client doit être posé car Il y a des seuils à négocier. La question des comportements doit être posée sur la table: le sens du collectif, l’agilité, la créativité, l’exemplarité…On le sait bien, le conseil externe doit cadrer, recadrer, donner le tempo, questionner encore, rassurer, challenger, féliciter…

    Un vrai besoin que ce coaching de veille auquel tu fais référence.

  4. Ping: Usages de la veille | Pearltrees

  5. Ping: Valoriser les usages de la veille, pas les outi...

  6. Francis BEAU says:

    Bonjour Christophe,
    Comme vous, je me réjouis de cette évolution des professionnels de l’information. Mettre l’accent sur les « usages » (je dirais plutôt pour ma part « sur les méthodes »), plutôt que sur les outils est à n’en pas douter une bonne évolution.
    Mais, pour mettre l’accent sur les méthodes d’exploitation de l’information utile à la décision stratégique, encore faut-il disposer de bases théoriques solides afin de concevoir les méthodes de travail efficaces et adaptées à l’environnement numérique dans lequel nous évoluons pour permettre le jeu collectif désormais indispensable.
    Je développe depuis un moment déjà ces aspects sur mon blog (http://francis-beau.blogspot.fr), et je me réjouis de voir que je ne suis plus seul à défendre ces évolutions.
    FB

    • Bonjour Francis et merci pour ce commentaire.

      J’ai choisi d’utiliser le terme « usages » plutôt que « méthodes » car il me paraît mettre plus en avant l’humain, qui peut appliquer les méthodes préconisées mais aussi en sortir pour suivre une intuition, une envie, répondre à une interrogation « hors-cadre » (= sérendipité). Ces comportements non méthodiques me paraissent propices à la collecte d’informations utiles mais jusqu’à lors non identifiées en tant que telles.
      Partir des usages, c’est aussi mettre en avant ce que les apprentis veilleurs savent DEJA faire, c’est donc autant un choix sémantique que marketing 😉

      Quoi qu’il en soit, je partage votre préoccupation concernant les « bases théoriques solides afin de concevoir les méthodes de travail efficaces et adaptées à l’environnement numérique dans lequel nous évoluons ». J’estime pour ma part que lorsque cette question se pose, c’est que le dirigeant ou l’interlocuteur est convaincu de la pertinence de la discipline, motivé, et qu’il ne reste « plus qu’à » mettre des outils en face de ces besoins.
      Dans ma pratique quotidienne, ce n’est assurément pas le plus complexe !
      Enfin, ne pas aborder trop précisément les aspects techniques permet à mes publications de mieux « vieillir », étant donné la vitesse à la laquelle les solutions évoluent, apparaissent et disparaissent !

  7. Ping: La #formation à la #veille, indispensable mais pas suffisante | Doré Conseil

  8. Ping: Transformation ou Évolution digitale ? | Doré Conseil

  9. Ping: Sensibilisation à la #veille : atelier Connexion Y du 14 juin 2017 | Doré Conseil

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