Numérique et Intelligence économique

Dans cette contribution au Cercle Les Echos, Camille Masson de Montalivet analyse les répercussions que l’émergence des outils et usages numériques ont / devraient avoir sur les pratiques d’intelligence économique dans les entreprises. Je partage une bonne partie des opinions qu’elle y exprime.

Je souhaite cependant approfondir un peu son propos concernant plus particulièrement la veille :

« La veille, et principalement la recherche d’informations, est sans aucun doute le premier élément à se transformer avec l’arrivée des nouvelles technologies de l’information et les réseaux sociaux. Accessibles à une majorité au sein de l’entreprise, les salariés sont aptes à veiller eux-mêmes leur environnement. La veille est ainsi décloisonnée.« 

Ce décloisonnement potentiel met en lumière les pratiques qui prévalent encore actuellement, avec une rétention quasi systématique de l’information dans les entreprises. En refusant ainsi les apports potentiels de leurs collaborateurs, les dirigeants français se mettent au final dans une situation qui les empêchent d’adopter réellement une démarche d’intelligence économique, puisqu’ils négligent / interdisent les contributions de ceux qui sont les mieux placés pour connaître les aspirations / besoins / réalités de leurs organisations.

sourisenchaineeIl ne s’agit évidemment pas de permettre à tout le monde d’accéder à l’intégralité de l’information et, surtout de publier / commenter au nom de l’entreprise.
Une stratégie globale peut (doit ?) être décomposée en stratégies secondaires, porteuses de sens et motivantes pour les salariés invités à y réfléchir et à y contribuer. D’éventuelles « fuites » concernant un seul aspect d’une orientation stratégique ne seraient ainsi pas suffisamment dommageables pour inverser le ratio avantages / désavantages d’un partage accru de l’information.
Si l’adoption généralisée des outils numériques permet au final de corriger ce travers si courant, ils apporteront bien plus que de la productivité et de l’interactivité. Ils permettront de recréer des liens dans le monde du travail et pourront participer à la revalorisation / remotivation des salariés.

L’enjeu de la formation

Il faut pour cela former les salariés, quels que soient leurs postes et leurs missions, aux principes et aux outils de la veille, faire de l’activité une partie intégrante de leur journée de travail.
En faisant de chaque collaborateur un veilleur et en mettant à sa disposition une plate-forme simple permettant en interne de signaler / commenter des informations, il est d’après moi possible d’approcher la résolution de ce que l’auteure qualifie de premier enjeu : « la gestion et la valorisation des informations, afin de les transformer en véritable connaissance au service de la stratégie de l’entreprise. » La création d’un flux d’informations interne servant de support à la réflexion est aujourd’hui simple à réaliser avec de nombreux outils de curation, de partage et de diffusion d’informations. Dans ce domaine, ce qui prime, ce sont les usages, pas les technologies. Problème de sécurité mis à part, il est possible de mettre un tel dispositif en place avec des comptes Facebook ! Des outils gratuits sont donc disponibles, même si pour des raisons évidentes de sécurité, la création d’un véritable réseau social d’entreprise (RSE) peut s’avérer indispensable pour les organisations comptant de nombreux salariés et / ou évoluant dans des secteurs d’activité très concurrentiels, où la surveillance par les parties adverses peut être considérée comme certaine.

Même parmi les collaborateurs, il en serait sans doute un certain nombre qui s’estimeraient incapables d’assumer une telle tâche. Elle est cependant très simple : il s’agit au final de signaler les informations perçues comme ayant un impact potentiel (positif ou négatif) sur l’entreprise, en invitant les salariés à décrire en quelques mots la façon dont leur activité pourrait être concrètement concernée. La prise de recul et la formulation d’avis argumentés à tous les niveaux d’une organisation me semblent être constitutifs d’une volonté d’intelligence économique. Les cadres intermédiaires seraient pour leur part chargés de synthétiser les avis / informations émises dans le périmètre dont ils ont la charge.
Chacun pourrait ainsi apporter une pierre à un édifice qui ne serait au final visible dans sa totalité que par ceux ayant suffisamment de « hauteur hiérarchique » pour accéder à l’intégralité des commentaires émis.

Quelques pistes pour l’émergence du salarié-veilleur

Avec l’omniprésence des réseaux sociaux dans la vie d’un bon nombre de français, les compétences de bases requises pour ce type de mission sont assez répandues pour qu’il soit relativement simple de mettre un tel dispositif en place.

Outre la volonté des dirigeants de conserver le monopole de l’information stratégique, le principal écueil au fonctionnement que je présente est bien sûr le temps à dégager pour permettre à chacun d’alimenter cette réflexion commune. Une ergonomie adaptée de l’outil informatique peut permettre de limiter le temps nécessaire à la saisie et à la publication des contributions.
Mais, pour être acceptée et utile, une telle démarche doit être intégrée au temps de travail « normal », soit en libérant quelques dizaines de minutes par jour / semaine, soit en proposant qu’elle soit réalisée en heures supplémentaires, la publication effective d’informations pouvant servir de base au calcul de la contribution réelle de chacun.
Les salariés français font déjà partie des plus productifs d’Europe, pourquoi ne pas en faire également les plus « intelligents » ?

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À propos Christophe Doré
Consultant et formateur en veille stratégique et communication écrite, j'accompagne les entreprises, associations et collectivités dans la résolution de leurs problématiques d'émission et de réception d'informations : rédaction, recherche, analyse, diffusion de données utiles à leur fonctionnement.

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